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DOUCES RACINES


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SOIR AU VILLAGE

SUR UN AIR DE VIELLE

Des jours, des jours encore... Et toute chose passe,
L'été brûlant les fleurs du printemps ingénu,
Le vent chassant la feuille... Et le temps est venu
D'une automne où jusqu'à l'espoir n'a plus sa place.

Cet exil où je vis désormais solitaire
N'a cependant jamais conduit bien loin mes pas.
Toujours un songe est là qui ne me quitte pas,
Fils que je reste éperdument d'une autre terre.

Douces racines de ma vie et sa romance,
0 pays d'autrefois, de mes rêves nourri,
Quel étais-tu, lieu-dit sans âge ou coteau gris ?
Je ne sais plus. Mais tout est là qui recommence...

Tout est là qui me prit, dès l'éveil, avant même
Que l'aube eût achevé de m'essuyer les yeux,
Comme frémit déjà, par quel art merveilleux,
Le futur champ de blé dans un seul grain qu'on sème.

Tout est là, tout est là : les jeux, les cris, les rires,
La maison, le jardin, les bêtes dans la cour,
La première et timide aventure où l'on court,
Et jusqu'au vieux voisin dont nous aimons les dires.

Ah !, l'accent " de chez nous ", les fêtes, les veillées,
Le bois qui brûlait clair ou couvait ses tisons,
Les récits tour à tour assortis de chansons,
Et, dans l'air, le parfum des châtaignes grillées...

Plus tard, passé l'hiver et rieuses les sources,
Quelle autre fête au long des buissons rajeunis !
Pas un bosquet qui n'eût sa querelle et ses nids,
Et flûte quand l'école interrompait nos courses !

Que dire encor ? Les matins bleus dans la prairie,
les chars de foin rentrant à la nuit, la moisson
Poussant ses faux dans les "blés d'or" de la chanson
Et ces hymnes du soir à la grappe mûre !

Images de soleil et de vent, paysages
Et gens, travaux du sol aux rythmes obstinés
Par quels obscurs chemins jamais abandonnés
Revenez-vous vers moi comme des enfants sages ?

Quel charme singulier détenez-vous, qui fasse
Battre mon coeur, toujours, après tant de saisons
Longs replis de la plaine et tremblants horizons
décors dont j'aurais peine à retrouver la trace ?

Qu'advient-il aujourd'hui de toi, ma terre d'âme,
Compagne d'un passé dont ne subsiste plus,
Tous oiseaux envolés et beaux jours révolus,
Que le seul souvenir, évanescent dictame ?

Bah ! Rien n'est vrai, jamais, que cette part de songe
Où prend place toujours un paradis perdu,
Quand bien même il serait tout espoir défendu,
Et quand même on saurait que ce n'est que mensonge...

 

Secrétariat du Prix : Madame Monique LABAUNE - 17, route de Montcoy - 71670 - Le Breuil