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LE PAYS D'OÙ JE VIENS


ART LITTERAIRE

BOURGOGNE, SOL JOYEUX...

CANTILENE RUSTIQUE

CE BEAU TEMPS D'AUTOMNE

CHANSON D'ÉTÉ

CHÈRE SOUVENANCE

CIVILISATION

CYCLAMENS

DOUCES RACINES

IN MEMORIAM...

JE CROIS T'AVOIR TOUJOURS CONNUE

L'ÂME DU MORVAN

LA FORET

LA JOLIE RUE

LE BALLON

LE BONHEUR

LE CHEF DE GARE

LE CRAPAUD

LE DOMAINE INCONNU

LE PAYS NATAL

LE PRINTEMPS QUI S'ÉVEILLE

LES HEURES

LES VIEUX CHEMINS

NOVEMBRE

PAPILLON D'ÉTÉ

PAREIL AU VENT

POUR LES DEFUNTS DE LA PAROISSE

REVE D'ECOLIER

SOIR AU VILLAGE

SUR UN AIR DE VIELLE

Le pays d'où je viens voyage en ma pensée...
Je reconnais les lieux, les visages, les bruits,
Les couleurs du matin, l'or étoilé des nuits
Et mes pas d'autrefois parmi l'herbe froissée.

Je reconnais cet horizon toujours le même
Dont mes yeux ont gardé le souvenir précis:
Ces champs, ces bois ombreux par les étés roussis
Et ce vallon tout proche où dorment ceux que j'aime.

Le chemin n'est pas loin qui ramène au village;
Là, tout est demeuré semblable obstinément.
Défraîchi, mal d'aplomb, pittoresque et charmant,
Le décor est celui, croiriez-vous, d'un autre âge.

Voici l'église, où l'on se pressait le dimanche,
L'auberge et ses photos de conscrits sur les murs,
Le vieux noyer, si vieux qu'à gauler ses fruits mûrs
L'on ne déclenchait plus que minable avalanche.

Plus avant sur la route, à la limite presque
De la prairie, une bâtisse est toujours là,
Où longtemps mon devoir d'écolier m'appela..
Ô jours lointains, naïve histoire et tendre fresque

Est-il donc à jamais du domaine du songe,
Ce cher espace où nous menions nos jeux ravis,
Et tout ce qui tressaille en nos cœurs et survit
Porte-t-il désormais le signe du mensonge ?

Non, rien n'est condamné, pourvu qu'on veuille y croire!
En dépit des détours où m'ont conduit mes pas,
Le pays d'où je viens ne m'abandonne pas
Puisque indéfiniment présent dans ma mémoire...

Campagne de chez nous, je te retrouve telle
Que tu m'apparaissais naguère au point du jour:
Blonde et rose, ou couleur d'eau morte, tour à tour,
Mais toujours, à mes yeux, merveilleusement belle.

Prairie où le bétail allait boire aux fontaines,
Colline au ciel changeant dans le jeu des saisons,
Champs à l'étroit dans leur enclave de buissons,
Sol marqué du labeur de l'homme et de ses peines...,

À quoi cela tient-il qu'il exalte mon rêve
Cet horizon pourtant tout de simplicité ?
Nul remords ne m'atteint si je l'ai trop vanté
Puisqu'il nourrit en moi la racine et la sève.

Qu'importe alors le cours effrayant des années
L'aube reste la même au pays d'autrefois,
Et tout ce qui murmure ou jase dans les bois
Me redit la douceur des terres bien-aimées.