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La bonne étoile

Maurice Riguet

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Traduction
Maurice Riguet
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Maurice Riguet

Un commentaire (2014)

Déconcertant Maurice Riguet ! "en quête de bonheur ou de son placebo", il nous sert un étonnant potage qui ne révèle qu'au second degré sa véritable saveur. N'hésitez pas à vous resservir, et vous ne vous y tromperez pas. Que le lecteur pressé suive son chemin, il passera à côté d'une réflexion profonde, d'un humour désabusé qui en dit plus long sur notre angoisse existentielle que bien des philosophes en titre ou des poètes grandiloquents (...)
Déjà, avec ses précédents ouvrages, et particulièrement avec A la soirante, Maurice nous avait initiés à cette fausse naïveté qui est la marque de fabrique de son talent. Le promeneur qui, au fil des pages commente modestement les paysages familiers, ne manque pas de glisser un détail qui en change l'éclairage et prend des résonances inattendues :

"Entre Chiroubles et Durbize (…)
mon pas dérangeait les lézards
fulgurants comme le hasard
dont on ne perçoit pas le signe
ou s'il se voit il est trop tard"


Ces balades innocentes et bucoliques sont prétextes à rappeler l'angoisse fondamentale qui, l'âge venant, se fait davantage ressentir.

"Il me reste des scories
tout un gravier du temps que la mémoire ne peut bluter
je ne vois dans l'entour que menace ondoyante
apparence aux yeux fuyants
et couleur de suie l'angoisse"


Notre insupportable finitude n'en finit pas de nous harceler. Celle que les Siciliens appellent "La Certa", la certaine, la seule perspective dont nous sommes certains, la Mort, est présente, comme dans les gravures d'Holbein, soit sous la forme du "Fantôme du garage", soit sous le capuchon brun du personnage immobile de "Décembre". Elle nous attend dans les sous-bois obscurs "effrayante paroisse". Mais tout cela est dit avec un naturel enfantin qui est tout sauf puéril. En effet, sans jamais bêtifier, l'auteur garde l'esprit de cette enfance "dont on ne guérit pas" et qui rend l'écriture particulièrement attachante. Les nouvelles intégrées au recueil n'en rompent nullement le rythme : souvenirs de la vie villageoise sous le regard de deux braves chiens devenus observateurs tutélaires, fortunes et aléas d'un représentant en vins, mésaventures de patient face à des médicastres imbus de leur personne. L'humour et l'autodérision y confèrent même, dans les épisodes comiques (la poursuite du coq !), une saveur douce-amère à goûter sans modération. N'oublions pas que le Gilles de Watteau, le naïf, l'éternel dindon de la farce, a une réelle profondeur tragique…

MOG

 

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