Vos poèmes 

La femme à Jean

Chantal Bonnert

Big Bang
Thomas Bourgoin
Le merle
Denis Dougé
Quel est ce sentiment ?
Monique Roussieau

A pas menus, pas de néant
S'en va, cassée et diaphane,
Au bruit martelé de sa canne,
La vieille femme au pauvre Jean.

Lui, sommeille à la "Clé des Champs",
Il a son voisin, sa voisine.
Elle, n'a rien et s'achemine
Du cimetière aux quatre vents.

C'est qu'il est mort y a bien longtemps.
Un homme à l'oeil qui vous enjôle,
Un coup de gnôle, il était drôle
Et dansait, vous chauffait le sang.

Elle ne compte plus le temps.
Hiver, été, la belle affaire.
L'était heureux, avant la guerre
Dont il revint clopin-clopant.

Et pour toujours un air absent,
La vie à traînailler la hanche
Et d'oublier que c'est dimanche
Et n'avoir pas un sou vaillant.

Elle a trimé, la femme à Jean,
Tenté de lui briser l'écorce,
Rêvé de lui donner sa force,
Pleuré de n'avoir pas d'enfant.

Le chemin grimpe et ses rubans
Montent la butte et s'entortillent.
Le bon matin part en guenilles
Vers la maison dehors les ans.

Et s'en retourne en claudiquant
L'aïeule qui, soudain, gouaille :
"Tant qu'à penser à la mitraille,
M'en va piéger un ortolan !"

 

Secrétariat du Prix : Madame Monique LABAUNE - 17, route de Montcoy - 71670 - Le Breuil