Georges Riguet  > Sa vie  > Allocutions de Maurice Riguet 

2018 Georges Riguet : résumés d'une vingtaine d'études sur l'écrivain creusotin


2007 Langages et art d'écrire (Réflexions de Georges Riguet)

2008 Langages et art d'écrire (Suite des réflexions de Georges Riguet)

2009 Georges Riguet et "La Gueule Noire" (avec une étude de Jean-Pierre Valabrègue)

2010 "L'arme sur l'épaule" (Souvenirs du service militaire de Georges Riguet)

2011 "Les Guerriers sans fureur" (Souvenirs de Georges Riguet, Combattant de 39-40)

2012 Souvenirs et réflexions sur le tourisme par Georges Riguet

2013 Hommage à Tristan Maya (1926-2000), ancien membre du jury

2014 Anciens lieux de divertissements populaires creusotins

2015 Le thème de l'enfance dans les oeuvres de Georges Riguet destinées à la jeunesse

2016 Georges Riguet lecteur de la revue "Le miroir dijonnais et de Bourgogne" (1923-1940)

2017 Etude sur Victor Hugo par Georges Riguet (1938)

Chers amis,

1998-2018… Je voudrais aujourd'hui rappeler sommairement la vingtaine d'études (consacrées à Georges Riguet) que j'ai présentées à l'occasion de notre Prix de Poésie.

Rappelons que les huit premières de ces allocutions ont été rassemblées, en 2006, dans un volume des Nouvelles Editions du Creusot (grâce à l'intérêt pour notre Prix et l'amical dévouement de Monsieur Georges Dubriont (l'ancien Directeur de ces Editions).

J'illustrerai parfois ces résumés avec des textes choisis parmi sept revues auxquelles mon père a collaboré entre 1926 et 1963.

- L'année dernière - vous vous souvenez - nous avons repris l'étude sur Victor Hugo que notre poète creusotin a rédigée (en 1938) pour ses élèves de l'école de l'Est. Après avoir rapporté quelques appréciations contrastées émises sur l'auteur des Misérables, nous avons laissé mon père présenter comme un exemple à suivre la vie et l'œuvre de celui qu'il a admiré toute sa vie, au point de le glorifier dans un long poème célébrant des valeurs qu'il partage (courage, amour de son pays, pitié pour les déshérités, goût pour l'étude, le rêve et la nature…). Et nous avons estimé que cette transfiguration d'un Victor Hugo en guide universel révélait un idéal où Georges Riguet a forgé la matière de son œuvre.

- En 2016 , c'est la collaboration de Georges Riguet à la revue Le Miroir Dijonnais et de Bourgognequi a retenu notre attention. En 1920, elle était "la plus importante des revues régionalistes bourguignonnes" et suivait l'activité culturelle de notre région. Nous avons distingué les deux grandes orientations du contenu, partagé entre articles consacrés à l'Art (œuvres ou biographies) et chroniques bourguignonnes ; puis nous avons illustré la contribution de Georges Riguet constituée par une quinzaine de poèmes et autant de réflexions culturelles, une douzaine de contes ou légendes, et le même nombre d'écrits "de terrain" (impressions de voyage, scènes bourguignonnes, bibliographie…) Les thèmes et la qualité de cette contribution des années 1930 nous aura paru annoncer l'œuvre future de notre poète.

- Le thème de l'enfance dans les œuvres de Georges Riguet destinées à la jeunesse a inspiré l'allocution de 2015. Nous avons considéré les poèmes (depuis les Croquis de 1929 jusqu'à La Petite Muse publiée en 2007), les innombrables contes pour enfants, les Histoires de bêtes de 1932 et Le Bazar aux histoires de 1948 (où le monde est enchanté de légendes et d'aventures) ; et puis, pour les plus grands, nous avons examiné les Contes de mon village (1933) et Les Histoires d'Antonin Muset (1953) où l'expression est plus collective et culturelle.
Au total, il a paru que Georges Riguet avait conservé les souvenirs de sa jeunesse de façon maîtrisée, en s'adressant à ses lecteurs avec une préoccupation à la fois artistique et psychopédagogique.

- En 2014, nous avons énuméré les anciens lieux de divertissements populaires creusotins que mon père (alors nonagénaire) évoquait dans une lettre écrite à une amie, en gardant souvenir des cinq salles de cinéma, du café-théâtre "des Variétés", des spectacles organisés par le "Comité des Fêtes", des nombreux bals de Sociétés dans une salle Saint-Quentin décorée par Marcel Buffenoir… Souvenir également des concerts symphoniques donnés par l'Harmonie des Usines, des comédies jouées par les élèves des écoles laïques, des Groupes folkloriques ou de la chorale de Claude Pallot (avec, par exemple, l'arrangement de la vieille rengaine creusotine : "Les Filles des Baraques"…) Et nous avons admiré que Georges Riguet ait pu conserver ce goût d'écriture et cette mémoire jusqu'à ses derniers jours.

- C'est un hommage à Tristan Maya, ancien membre du jury Georges Riguet qui a été présenté en 2013. Cet écrivain et critique littéraire (fondateur des Grands Prix de l'Humour Noir) était ami de mon père depuis 1947 et appartenait aux mêmes sociétés (Académie du Morvan, Auteurs de Bourgogne…) A travers seize ouvrages (six de poésie et dix de prose), nous avons fait ressortir la sensibilité de ce confrère qui masquait son angoisse par la fantaisie, la convivialité et une frénésie d'activités au service de l'art littéraire bourguignon.

- En 2012, nous avons analysé les souvenirs et réflexions sur le tourisme confiés à des journaux régionaux (" Notes de voyage ou d'excursion, épitre à un voyageur, esquisse d'une géographie…") : dans ces reportages variés, mon père observe, donne une impression, propose une opinion… ; tantôt il enchante en métamorphosant un bruyant Creusot, un Morvan inquiet, L'Arroux folâtre, les forêts du Jura ou les cigognes d'Alsace méditatives… tantôt il intéresse comme un reporter attentif aux aspects scientifiques (Bibracte, Alésia) autant qu'au pittoresque des scènes. Nous aurons souligné son attachement à la Saône-et-Loire et à la Bourgogne, son amour de la Nature et son talent de poète contemplant la terre avec l'étonnement d'un touriste et l'émerveillement d'un enfant. Ainsi, dans la revue Loisirs et Profession, en1936, Georges Riguet a 32 ans et il regarde le Soir apaiser la Ville :

(…) De larges pavots d'or éclosent dans l'air calme
Mais les coteaux ont peur et les jeux se sont tus.
Le soir sourd et s'épand comme un poison têtu
Et tous les chants d'oiseaux s'éteignent sous les palmes.

Le jour n'a plus d'orgueil et les heures sont lasses.
L'ombre tend ses réseaux de ténèbre et d'oubli.
Un peu d'or voyageur traîne encore et s'efface
Aux bords de l'horizon soudainement pâli.

La nuit berce des fleurs dans sa barque tranquille…
Un souffle énigmatique et frôleur est venu.
Le vent chuchote et chante avec des mots menus ;
Le grand baiser du soir s'attarde sur la ville.



Et, en 1938, dans une promenade, le poète creusotin note la lutte entre " La Ville et la Forêt " :

Par une de ces merveilleuses après-midi d'octobre qui dépassent en poésie profonde les journées d'été les plus éclatantes, j'ai pris la route de la campagne. La ville industrielle que j'habite, pour grise qu'elle soit, offre cet avantage de s'enclaver dans le réseau des bois et des champs. Taillis et futaies la cernent. Des étangs plaquent leurs miroitements dans les vallons d'alentour, et les fumées d'usines n'ont pas encore tué tous les oiseaux des buissons. La lutte est âpre pourtant. La ville, de toute son activité fiévreuse, dresse ses pylônes, tend ses réseaux de rails, vomit ses cendres et crache ses vapeurs, bâtit ses ponts, déclenche par intervalles ses sirènes (… ) Mais c'est aux arbres qu'on revient ! C'est à leur silence qu'on vient confier songerie et besoin d'apaisement…


- Deux allocutions ont rapporté les souvenirs militaires de notre poète :
En 2010, nous avions relu L'arme sur l'épaule, ces notes prises au cours des dix-huit mois du service militaire effectué en Tunisie (entre 1924 et 1926) : nous avions alors perçu un regard humoristique, imagé et virulent (avec une diatribe contre une société belliciste et colonialiste).
L'exposé de 2011 a résumé Les Guerriers sans fureur, ce livre qui retrace la campagne du sergent Riguet, en Lorraine, (de septembre 1939, jusqu'à l'évacuation à l'hôpital de Toulouse, en juin 1940) ; et nous avons vu qu'en ces circonstances particulières, l'écrivain savait dévoiler le double versant de la vie pittoresque et douloureuse de l'humanité.

- En 2009, c'est la collaboration journalistique de Georges Riguet à La Gueule Noirequi a été évoquée (avec la participation du linguiste Jean-Pierre Valabrègue). Agrémenté d'illustrations satiriques, ce mensuel d'extrême gauche du Bassin Minier aura - de 1924 à 1937- cherché à amuser et à défendre les travailleurs en s'en prenant aux détenteurs de l'autorité (directeurs, contremaîtres, gardes...) et en proposant une matière variée : petits faits de la vie courante, poésie chansonnière et actualité, anticléricalisme politique, comptes rendus de publications… En reflétant la culture de notre proche région, l'analyse de la contribution multiforme de Georges Riguet (contes, saynètes, chroniques fantaisistes…) a fait apparaître un jeune homme célibataire, plus ou moins libertaire, et un écrivain débutant qui aiguisait sa plume.

- Deux allocutions (2007 et 2008) s'intitulent Langages et art d'écrire. La première évoque l'activité de critique littéraire bénévole de Georges Riguet puis les réflexions sur l'écriture qu'il n'aura de cesse de présenter dans des journaux sous des titres variés : "Gouttes d'encre, A l'écoute des mots, Brins de plume", etc. Pour mon père, la langue française est en décadence, déformée par un laisser-aller général ; pour lui, la maîtrise de l'art d'écrire se manifeste surtout par le travail, c'est-à-dire la rigoureuse observance du terme exact, la mesure de la cadence et de l'équilibre de la phrase, le respect de la syntaxe et des contraintes de la langue... La seconde allocution rapporte quelques "fleurs de la rhétorique" cultivées par des maîtres du verbe ainsi que certains propos sur la poésie : dans beaucoup de textes modernes, mon père voit l'insolite de la forme le disputer à la bizarrerie de l'inspiration. Les muses, dit-il, ont changé de parure ou d'ajustement… Après-guerre, dans Les Loisirs de l'Enfant (des Editions du Cep Beaujolais de Villefranche sur Saône), mon père publie de charmants textes illustrant ce qu'il disait dès 1928 (il avait alors 24 ans) : la création poétique suggère (plus qu'elle ne dépeint) le mystère même du monde...


Ainsi, le Soir semble nous contempler :

Les yeux du soir s'ouvrent dans l'ombre
Et nous regardent longuement.
Ils Ils remplissent le firmament
De leurs scintillements sans nombre.

Ils regardent la terre entière,
Immenses et mystérieux.
Ils disent d'étranges adieux ;
Ils sont purs comme une prière.


Et le Printemps est paresseux…

Beau printemps couché dans l'herbe,
N'as-tu pas assez dormi !
Le repos n'est plus permis
Quand sourit ce ciel superbe(…)

Au diable la nonchalance
Où tu t'attardes encor !
Prends sur toi ton habit d'or
Et viens danser sous les branches.


- Ce sont 44 articles consacrés à l'Ecole qui ont été considérés (en 2006) selon la tranche d'âge, le thème et l'organe de presse de leur publication. Georges Riguet s'interroge sur l'évolution du système éducatif en émettant quelques suggestions pédagogiques puis il égrène des souvenirs personnels, avec humour ou émotion. Nous découvrons un éducateur consciencieux dont le bon sens ne veut pas être dupe des modes et du prestige du savoir. S'il regrette la disparition de certains principes traditionnels efficaces, son scepticisme à l'égard de la pédagogie moderne témoigne d'un humanisme optimiste, secourable avec les enfants qu'il comprend et avec les collègues dont il fait connaître les difficultés de près. Parmi les souvenirs vécus, voici, par exemple, celui d'une leçon de morale (publié en 1937 dans le mensuel d'enseignement primaire Loisirs et Profession) :

Nous venons d'entrer en classe. Quelques instants de tohu-bohu pendant lesquels on accroche aux portemanteaux cartables et capuchons, puis mes garçonnets, les bras croisés, l'œil éveillé, se disposent à écouter la leçon de morale. Il s'agit du travail. -" Voyez, mes enfants, tout travaille autour de nous. Nul ne demeure inactif. Les ouvriers que vous croisiez tout à l'heure sur la route, s'en allaient à leur besogne. Songez aussi à vos parents, à votre mère qui vous soigne et prépare vos repas, à votre papa qui peine durement pour assurer l'existence de toute sa famille… Réfléchissez à cela, mes enfants. Chacun a sa tâche quotidienne à accomplir. Moi-même, votre maître, ici, chaque jour, je dois…" A ce moment, Pierre qui a suivi mon exposé avec attention, lève un doigt empressé -" Oui, M'sieur, moi j'y sais : vous mettez de l'encre dans les encriers !..."

- En 2003, 2004 et 2005, la correspondance (archivée) de notre écrivain a été étudiée : avant-guerre, se manifeste l'obligeance et l'épanouissement de sa personnalité qui trouve place dans une sorte d'intelligentsia régionale, notamment (jusqu'à la fin des années 60) auprès de deux écrivains plus âgés - Gustave Gasser qui l'aura fait naître au monde des Lettres, et Paul Cazin qui aura contribué à conforter son énergie et son indépendance culturelles - . Dans les dernières années, nous aurons distingué l'échange affectueux avec la romancière Marilène Clément et l'amitié tonique de notre Présidente Renée Monamy. Mais aussi, dans l'ensemble de ces soixante-dix ans de correspondance, nous aurons perçu constamment le caractère d'intimité familiale des communications entre artistes et leurs manières urbaines d'écriture.

En 1932 et 1933, il communique avec l'écrivain Victor Margueritte qui préfacera son recueil Chants Nouveaux de 1933. L'auteur de La Garçonne a apprécié l'accent humain des vers, parmi lesquels ce texte (publié dans la revue Les Primaires en 1932) où Georges Riguet (alors âgé de 28 ans et instituteur au Creusot depuis 1926) note l'évolution de sa personnalité vers plus de maturité :

J'aimais les mots. J'aimais leur langage et leur nombre…
O beaux vers, je vibrais à vos rythmes savants !
J'admirais l'art du Verbe et ces reflets vivants
Quand la phrase s'en va de la lumière à l'ombre…

J'aimais l'éclat des fleurs et le rire des filles.
Un air de violon me rendait indulgent.
Je ne prenais point garde aux paroles des gens,
Mais j'écoutais la voix du vent sous les charmilles.

J'étais jeune. L'amour en moi gonflait sa vague.
Tête folle, j'allais, naïf, ardent, surpris.
Je me gaussais de tout ce qu'on m'avait appris ;
Je vivais en un paradis subtil et vague.

Je ne renoncerai jamais à ces ivresses :
O mon cœur de vingt ans, pourrai-je t'oublier !
Mais voici que les jours coulent au sablier,
Et j'ai connu la vie humaine et ses détresses !
.../

Me voici désormais sur de nouvelles voies :
Le monde est là, splendide et fier en son labeur.
Sois-moi clément, mon beau passé d'enfant rêveur !
Laisse-moi m'en aller connaître d'autres joies !...
.../

Vois, les champs sont dorés, les moissonneurs se hâtent.
Partout c'est le spectacle immense de l'effort,
On entend les marteaux sonner, rudes et forts,
Mille bourdonnements laborieux éclatent…

Mineurs, maçons, glaneurs, ilotes qu'on surveille,
Grand peuple prolétaire au cœur sevré d'espoirs,
Exploités de la glèbe et des ateliers noirs,
C'est à vous tous qu'il faut songer aux soirs de veille !

J'abandonne à ce jour les odes incertaines
Et le pâle refrain du vent dans les roseaux,
Il est au loin des chants plus ardents et plus beaux !
O beaux chants du labeur et des peines humaines.


- Soixante-quinze articles portant sur l'individu ou la société ont été commentés dans l'allocution de 2002. L'analyse révèle que trois sortes de considérations culturelles permettent à Georges Riguet de donner sens à son temps et à sa personne : les premières portent sur la complexité et la faiblesse de la nature humaine, les suivantes sont des critiques de l'époque (système social qui nous submerge de tentations et menace notre libre-arbitre, art moderne outrancier, absence de progrès moral, détérioration des relations sociales…) ; les dernières réflexions revendiquent une vigilance de la pensée (afin de ne pas être dupe, par exemple, de la publicité ou de l'audio-visuel…) et plaident pour la pondération, le respect de la nature et des bêtes, la fidélité aux idéaux de jeunesse…

Cette jeunesse, ouvre l'âme de notre poète - âgé alors de vingt-trois ans - lorsqu'il publie ces vers fervents dans La Revue du Centre :

Le plus merveilleux des voyages, le suprême
Et l'inoubliable moment
Le plus original et le plus pur poème,
C'est celui des commencements.

O ! Charmes des premiers désirs devant la Vie !
Vigueur naïve du printemps,
Fraîcheur inexprimable, unique et tôt ravie
Des fougues de nos dix-huit ans.
.../
O ! Débats du jeune âge, adorable folie,
Premiers jeux, galops débridés,
Plus tard, lorsque la vie exigeante nous plie,
Quelle force, en nous, vous gardez !

Vous façonnez à notre insu nos âmes d'hommes,
Vous demeurez, dans le passé,
Nos amis les plus chers et les plus doux. Nous sommes
Votre œuvre, Ô matins effacés.

Ah l'existence lourde et mauvaise et rugueuse
Peut tenter de nous écraser !
Elle n'enlèvera jamais, jamais, la gueuse,
Votre douceur à nos baisers.

Vous êtes, Souvenirs, de ceux-là qui renaissent
En nos cœurs, inlassablement,
Et, dans l'ombre lointaine où vous veillez sans cesse,
Vous guidez nos pas, nos serments.

Car on reste toujours enfant de sa jeunesse !


Plaisirs de vie encore en 1931 où, dans la revue d'art Septimanie, mon père (alors âgé de 27 ans) goûte le vertige délicieux procuré par la vitesse et… le vin (de notre Région !) :

Le bonheur, c'est du vin, c'est du vin de Bourgogne !
Il vous met de la joie en rouge sur la trogne.
Il s'appelle Pommard ou Beaune, Le bonheur,
On ne le rêve pas. On le boit, c'est meilleur !


Il faut donc aimer la vie ; mais les années passent, l'avenir est incertain…
Cependant, dès 1934, (il a alors 30 ans), dans un Cahier de Poésie, Georges Riguet exprime sa volonté de rester fidèle à sa personnalité forgée à la flamme de ses vingt ans et maintenue, sans peur, jusqu'au bout du chemin :

Les minutes s'envolent,
Pareilles à des duvets.
As-tu bien goûté leur douce tiédeur
Pendant qu'il en est temps encore ?

Un jour proche, tu seras nu ! .../

Tu seras nu comme la pierre
Et comme le brin d'herbe qui tremble
Parmi le vent noir et glacé.

Un jour tu seras nu devant l'éternité !

Profite bien de ton manteau de chaude vie.
Profite de ton sang joyeux,
Profite de tes muscles forts,
Profite de ton cœur téméraire et féroce.
Dévore-toi jusqu'aux moelles,
Souffre, lutte, consume-toi…

De façon que le soir où passera la Mort
Il ne reste de toi qu'un peu de cendre pâle,
Une poussière misérable
Qui s'écroulera sans effort.


- L'allocution de 2001 s'est penchée, elle, sur la centaine de contes publiés dans des revues ou des journaux par Georges Riguet, (entre 1920 et 1986). Nous avons distingué les contes " réalistes " (ou facétieux) des contes " merveilleux ", en analysant la variété des personnages défavorisés, emblématiques (comme les chasseurs) ou d'essence spirituelle (comme le Diable), en faisant ressortir la poésie, l'imagination et la morale de ces contes. Puis nous avons souligné le bonheur d'écriture et l'enracinement dans le terroir, particulièrement saisissable dans le groupe plus homogène des contes morvandiaux : nous avons alors estimé que c'est le profond attachement de mon père pour son pays natal qui lui a permis de concevoir cette fresque allégorique et sublimée.

Les histoires amusantes de chasse ne manquent pas dans notre lot de revues : par exemple, l'une des Lectures de la Jeunesse de 1936, rapporte la mésaventure de Jean Vincent : ce chasseur a acheté un fusil tout neuf mais, avec cette arme merveilleuse, il ne peut rien tuer du tout… Etc.

Alors, les animaux se réfugient dans les poèmes de Georges Riguet : Voilà, en 1937, dans un numéro de Loisirs et Profession, le grand troupeau des pauvres bêtes craintives… et la tribu légère des bêtes joyeuses de vivre…

Voilà un Lapin-clopant :
En culbutant dans la mousse
Je me suis foulé le pied
Me voici tout estropié,
Tout tremblant sur l'herbe douce…


Et même les grenouilles d'une " Chanson verte " :

Nous sommes vives et sages
Et tout le jour nous chantons,
Nous chantons à l'unisson.
C'est bien cela dont enragent
Les poissons


- En 2000, ce sont les écrits relatifs à ses souvenirs d'enfance et de vacances dans le village natal d'Uxeau qui ont été examinés. Souvenirs consignés dans trois manuscrits et, surtout, dans une centaine d'articles aux titres variés ("Bonjour, village, Au Bon Vieux Temps, Aux Sentiers du Souvenir", etc...) Sont restitués là - avec mémoire et sensibilité, variété infinie d'expression et métamorphose artistique - une foule d'observations sur le pays, sa culture (métiers, fêtes, langage…), les habitants, les camarades…
Nous aurons cherché à montrer que ces souvenirs qui imprègnent toute l'œuvre de mon père sont plus qu'une autobiographie ou un témoignage sociologique : ils représentent un véritable poème d'amour.

- Amour des grands-parents, par exemple, qu'il versifie (à l'âge de 31 ans, en 1935, année importante qui voit la naissance de son fils !), dans cet extrait du mensuel Les Lectures de la Jeunesse :

Car la ferme de grand-père
Est accueillante à souhait.
Je déguste sans manière
Les fruits, la tarte et le lait.

Grand-père est un si brave homme !
Que je l'aime, le cher vieux !
Il emplit mes mains de pommes
Et de bons raisins juteux.

Grand-maman file la laine.
Qu'elle est propre ! Les œufs frais
Ne sont, la chose est certaine,
Pas si blancs que son bonnet !


- Amour de la nature, qu'il transfigure avec lyrisme, déjà, en 1930, comme dans cet extrait de la revue d'art Septimanie:

La nuit tisse entre les buissons de longues ondes de mystère (…) Brune toison du monde, crêpe, moire ou gaze vaporeuse, elle est l'asile, le coussin chaud des rêves, le temple où l'homme prie seul à seul avec l'Infini. Elle chante avec le vent dans les feuillages. Elle murmure des berceuses aux rayons de lune, aux vignes des coteaux, aux mousses des sapins. Tout ce qui vit, tout ce qui luit, tout ce qui souffre s'abandonne avec confiance à son ombre caressante et à son baume guérisseur.

- Amour tout court aussi, lorsqu'en 1933, dans le Cahier mensuel Poésie, le jeune homme qu'il est moque l'agitation de ses payses :

Amour, qui rend les filles folles,
Plus violent, plus cruel qu'Eole,
Qui les tourmente, et puis s'envole ;
O pauvres cœurs qu'Amour désole !


Comme il le fera, quelques années plus tard, dans ses Chansons de l'Ouche-Fontaine:

Elles ont bien du souci,
Les filles de mon village,
Quand elles ont quinze ans d'âge,
Et seize, et dix-sept aussi.

Les plus calmes, les plus sages,
En ont le cœur tout transi.
Cela se gonfle et durcit
Comme un sein dans le corsage.

Qui penserait qu'à cet âge,
On soit dans la peine ainsi !
Est-ce la peur de l'orage

Qui leur donne un tel souci ?
Est-ce quelque apprentissage ?
Elles n'en font point récit.


- Enfin, dans la première allocution de 1999, c'est la vie essentiellement creusotine de Georges Riguet qui a été évoquée :
- On connaît sa contribution au rayonnement de la Ville par des échanges amicaux ou littéraires, par une longue collaboration aux revues et journaux régionaux et par des publications telles que Le Creusot, cité calomniée (1930), les Images creusotines(1946), ainsi que de multiples articles comme, par exemple, les " Notes sur le parler creusotin"(1964).
- Nous avons souligné la variété de ses activités dans notre ville : direction de l'Ecole (de l'Est) et activités parascolaires (Mutualité, Patronage laïque...), représentation humaniste de la condition ouvrière et participation aux initiatives d'aides sociales de l'Association Croix-Menée-Chanliau.
- Et nous avons dit son arrivée en 1913 au Creusot où son père Emile Riguet - instituteur également - vient d'être nommé au Groupe de l'Est (dans l'actuelle Maison des Associations où il aura son fils comme collègue vingt ans plus tard...).

Chers amis,

Le résumé rétrospectif que vous venez d'entendre des multiples aspects de la longue activité de Georges Riguet nous aura, n'est-ce pas, permis de mesurer toute la variété et la qualité de son talent et de sa personnalité.

En terminant par l'allocution de 1999 sur sa vie creusotine, nous avons souligné que notre écrivain (disparu en 1998) a vécu pendant 85 ans au Creusot et, plus précisément, dans le quartier Croix Menée-Chanliau :
- où il a habité pendant 64 ans (rue Saint Georges), - où il a enseigné pendant 36 ans (au Groupe de l'Est) en étant le collègue de son père de 1928 à 1934 ;
- et où il repose maintenant au cimetière Saint-Eugène.

Cette Ecole de l'Est de la rue Guynemer (sinistrée au bombardement de 1943 et devenue en 2008 "Maison des Associations") est donc bien le centre de la vie creusotine de notre poète. Elle mériterait d'être dénommée : « Maison des Associations Georges Riguet ».