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CIVILISATION


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BOURGOGNE, SOL JOYEUX...

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LA JOLIE RUE

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NOVEMBRE

PAPILLON D'ÉTÉ

PAREIL AU VENT

POUR LES DEFUNTS DE LA PAROISSE

REVE D'ECOLIER

SOIR AU VILLAGE

SUR UN AIR DE VIELLE

Nous avons déchiffré les énigmes du monde,
Nous avons pénétré la Nature et ses lois.
Le feu, le son, l'éclair, l'aimant, le fer et l'onde
Sont des jouets que nous tenons entre nos doigts.
Nous avons, triomphants, supprimé la distance,
Vaincu la pesanteur, asservi l'univers.
La vieille Terre est comme une nef en partance ;
D'admirables lointains partout sont découverts...
Nous avons résolu les plus ardents problèmes,
Escaladé partout les plus âpres sommets ;
Aux ardentes clartés qui naissent des fronts blêmes,
Le mystère orgueilleux et lâche se soumet.
Des leviers sont construits, des ponts jetés. Soumise,
La Machine obéit à nos commandements.
Mais parmi ce triomphe où notre orgueil se grise,
Nos coeurs ne sont ni plus humains ni plus aimants !
Nous avons dissipé les ténèbres honteuses,
Nous avons dérobé la flamme aux dieux jaloux ;
Nos âmes cependant sont dures et menteuses,
Et nous nous entre-dévorons comme des loups !
Nous avons su changer l'apparence des choses,
Gravir les cieux, dompter les eaux, percer les monts ;
Nous connaissons l'éclat de mille apothéoses...
Mais nous portons en nous d'effroyables limons !
Conflits sanglants, charniers, parades, cris et rages,
Massacres collectifs, honteux égorgements,
Tous les miracles purs, tous les savants ouvrages
Ne font pas oublier vos orages déments !...
Nous avons su bâtir des cités luxueuses,
Mais le chômage rôde à tous les carrefours.
Nous bridons la souffrance et les fièvres tueuses,
Mais des enfants sans pain meurent dans les faubourgs.
O temps que nous vivons, c'est votre crime sombre,
Ce sera votre honte et votre indignité
D'accepter lâchement ces chemins de pénombre
Entre le clair soleil et l'animalité.