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LE PAYS NATAL
Visage des rochers, musique de l'eau vive,
Jeux du vent querelleur aux portes des vallons,
Parfums de l'herbe et du printemps quand il arrive
Et vous, coteaux sous vos chapeaux de paille blonds
Serpents entrelacés des charmilles feuillues,
Chemins où le silence est le seul compagnon,
Chanson des pigeons blancs sur les tuiles moussues,
Et toi, ruisseau caché qui ne dis pas ton nom...
Campagne de chez nous, bruyères morvandelles,
Cailloux de la montagne et galets de l'Arroux,
Clocher, sapins, moutons, porche aux nids d'hirondelles,
Hameaux cachés, pays fermé comme au verrou....
Soleils d'avril sur les châtaigniers centenaires,
Coups de sifflet du merle au faîte du buisson,
Et vous, matins de mai : rivières de lumières,
Lilas épanouis, cerisiers blancs, chansons...;
Moissons au crépuscule, adorable fournaise,
Derniers feux du soleil sur les étangs tiédis,
Voyage des oiseaux dans le vent qui les pèse,
Nuits dans la plaine et leur tiédeur de paradis...;
Sillons d'octobre... Ô robe d'or des feuilles chaudes !
Brisures de l'azur dans les cieux déréglés,
Pauvre fontaine en pleurs dans le brouillard qui rôde,
Jardins en deuil de tous les oiseaux en allés...;
Ô saisons d'autrefois sur les vallons que j'aime,
Mon pays, mon pays, village aux douces lois,
J'entends tes carillons comme ceux d'un baptême
Tout au fond des chemins que je retrouve en moi.
Je n'ai rien oublié, ni le puits, ni la grange
Ni le mur aux lézards et le banc vermoulu.
Le plus banal objet revêt un charme étrange,
Image des bonheurs qui ne reviendront plus.
Printemps, printemps perdus ; jeux d'enfants sur le sable;
Étés de ma jeunesse, ô papillons dorés,
Où menez-vous votre cortège insaisissable
Et cette ronde qui chavire au bord des prés ?
par Georges Riguet

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