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Poèmes d'André Henry HENRY
André, né le 5 août 1918 à Melun (77 000). Veuf : 5 enfants, 14 petits
enfants. Professeur honoraire. Agrégé de philosophie. A publié un
essai : Bergson, maître de Péguy, une quinzaine d'études philosophiques
et littéraires (Études bergsoniennes, Bulletin de l'amitié Charles
PÉGUY, L'Université française), une vingtaine de recueils de poèmes
depuis " D'une voix chuchotée " (Mercure de France, 1957) jusqu'à
" Cette incroyable foi " (Poètes de Laudes, Lyon, 1995). Lauréat de
l'Académie des sciences morales (1 948) et de l'Académie française
(1 957). Grand Prix des poètes français (1 999).
L'ENFANT A L'ORANGE Cet enfant qui jamais n'osa Manger l'orange éblouissante Qu'on avait fait rouler pour lui Sur la neige d'épiphanie, Mais qui longtemps la conserva Comme un trésor sous ses paupières Pour la lancer contre le ciel Quand le soleil était trop maigre, Il se promène maintenant Sous les futaies tièdes d'en-bas, Une orange en flamme l'éclaire, Et les oiseaux qui sont tombés Des forêts fixes de l'hiver Chantent perchés sur ses cheveux
Sur mes photographies les plus lointaines,
Parenté alignée dessous des cieux perdus, Je suis le survivant. Les maisons par derrière et les jardins autour Ont tous été vendus. Je ne rencontre que des morts Dans le champ de blés mûrs constellé de bleuets, Qui fait le fond de ma mémoire. Bientôt va naître en moi, Presque comme un désir, L'audace de mourir. LETTRES
DE MES AMIS MORTS
Vous parlez à voix basse De toiles, de romans, De la vie à changer, De poèmes naissants Et d'enfants nouveau-nés Vos voix viennent du temps Et non plus de l'espace. Poèmes d'amis morts, Je vous relis le soir Sur le papier jauni Qui vous sert de linceul, Je vous prête ma voix, J'écoute d'autres cœurs, Des cœurs adolescents, Battre dessous le mien, Et soudain je me sens Presque jeune et moins seul.
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